Dimanche 17 octobre : ouverture du synode sur la synodalité

Pour une “église différente” ! (Pape François)

Après l’étape romaine (week-end du 9 et 10 octobre), le synode s’est ouvert dans tous les diocèses du monde ce dimanche 17 octobre. Ce synode ouvre plein de perspectives !

Merci aux jeunes, l’aujourd’hui de Dieu et l’aujourd’hui de l’Église. Que les jeunes apportent leur pierre aux chantiers de l’Église, nécessaires et exaltants, qui sont devant nous !

“Va et répare mon église” (Le Christ à St François d’Assise).

« L’essentiel n’est pas de penser beaucoup mais d’aimer beaucoup » (Thérèse d’Avila, qui rend grâce de mourir en “fille de l’Église”).

Lors de leur Assemblée plénière de Lourdes (très bientôt, du 2 au 8 novembre), les évêques ont également souhaité associer le peuple de Dieu à leur réflexion pour la lutte contre les crimes sexuels dans l’église. Il y aura en particulier 20 jeunes (étudiants ou jeunes professionnels de 20-30 ans) pour ces journées à Lourdes. Ils apporteront leurs voix nécessaires au renouvèlement de l’Église.

Partout dans les églises particulières, les jeunes sont appelés à être associés au Synode sur la synodalité dans les prochains mois. Que les équipes de Pastorale jeunes se mettent en lien avec les évêques pour préciser comment cela va se vivre. “L’Église est jeune quand elle est elle-même, quand elle reçoit la force toujours nouvelle de la Parole de Dieu, de l’Eucharistie, de la présence du Christ et de la force de son Esprit chaque jour. Elle est jeune quand elle est capable de retourner inlassablement à sa source” (Christus vivit 35).

Lucas, jeune étudiant de Bordeaux, fait partie des 20 jeunes membres du “Comité international consultatif des jeunes”, mis en place à la fin du synode sur les jeunes.

Parmi les participants à Rome avec le Pape et les évêques le week-end dernier pour l’ouverture du Synode : il y avait 20 jeunes. Ils sont membres du “Comité international consultatif des jeunes” mis en place à la fin du précédent synode sur les jeunes. Parmi eux : Lucas Petit-Navarro, de Bordeaux, qui témoigne :

Invitation du Cardinal Mario Grech, Secrétaire, à participer au synode 

Le cardinal Grech était de passage à la Maison des évêques à Paris en septembre

TEMPS DE RÉFLEXION POUR LE DÉBUT DU PROCESSUS SYNODAL

Discours du Pape François, Samedi 9 octobre 2021

Chers frères et sœurs,

Merci d’être présent à l’ouverture du Synode. Vous êtes venus par divers chemins et appartenez à de nombreuses Eglises. Chacun porte dans son cœur des questions et des espérances. Je suis sûr que l’Esprit nous guidera et nous donnera la grâce d’avancer ensemble, de s’écouter mutuellement et d’initier un discernement sur notre époque, en devenant solidaires des efforts et des désirs de l’humanité. Je répète que le Synode n’est pas un parlement, que le Synode n’est pas une enquête d’opinions ; le Synode est un moment ecclésial, et le protagoniste du Synode est l’Esprit-Saint. S’il n’y a pas d’Esprit, il n’y aura pas de Synode.

Nous vivons ce Synode dans l’esprit de la prière que Jésus a adressée de tout son cœur au Père pour ses disciples : « Que tous soient un » (Jn 17, 21). C’est à cela que nous sommes appelés : à l’unité, à la communion, à la fraternité qui naît du sentiment d’être environné de l’amour unique de Dieu. Tous, sans distinction, et en particulier nous les Pasteurs, comme l’écrivait saint Cyprien : « Nous devons retenir cette unité et la revendiquer fermement, surtout nous, les évêques, qui présidons dans l’Eglise, afin de montrer que l’épiscopat est également un et indivisible » (De Ecclesiae Catholicae Unitate, n. 5). Dans l’unique Peuple de Dieu, nous cheminons donc ensemble, pour faire l’expérience d’une Eglise qui reçoit et qui vit le don de l’unité et s’ouvre à la voix de l’Esprit.

Les mots clés du Synode sont au nombre de trois : communion, participation, mission. Communion et mission sont des expressions théologiques qui désignent le mystère de l’Eglise et dont il est bon de faire mémoire. Le Concile Vatican II a précisé que la communion exprime la nature même de l’Eglise et a affirmé en même temps que l’Eglise a reçu « la mission d’annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de l’instaurer dans toutes les nations, formant de ce Royaume le germe et le commencement sur la terre » (Lumen gentium, n. 5). A travers ces deux mots l’Eglise contemple et imite la vie de la Sainte Trinité, mystère de communion ad intra et source de mission ad extra. Après le temps des réflexions doctrinales, théologiques et pastorales qui ont caractérisé la réception de Vatican II, saint Paul VI a voulu condenser précisément dans ces deux mots – communion et mission – « les grandes lignes, énoncées par le Concile ». Commémorant son ouverture, il affirma en effet que les lignes générales avaient été « la communion, c’est-à-dire la cohésion et la plénitude intérieure, dans la grâce, dans la vérité, dans la collaboration […] et la mission, c’est-à-dire l’engagement apostolique dans le monde contemporain » (Angélus, 11 octobre 1970), qui n’est pas prosélytisme.

En clôturant le Synode de 1985, vingt ans après la fin de l’assemblée conciliaire, saint Jean-Paul II a aussi souhaité redire que la koinonia est la nature de l’Eglise : c’est d’elle que jaillit sa mission d’être le signe de l’union intime de la famille humaine avec Dieu. Il ajoutait : « Il convient, par-dessus tout, que l’on célèbre dans l’Eglise des Synodes ordinaires et, si nécessaire, extraordinaires ». Pour porter du fruit, ceux-ci doivent être bien préparés : « Il faut donc que les Eglises locales travaillent à leur préparation, avec la participation de tous » (Discours de conclusion de la 2ème assemblée extraordinaire du Synode des Evêques, 7 décembre 1985). Voici donc la troisième parole : participation. Communion et mission risquent de rester des termes un peu abstraits si l’on ne cultive pas une pratique ecclésiale qui exprime la réalité concrète de la synodalité, à chaque étape du chemin et du travail, favorisant l’implication effective de tous et de chacun. Je souhaite affirmer que célébrer un Synode est toujours une chose belle et importante, mais celui-ci ne porte réellement de fruits que s’il devient l’expression vivante de l’être de l’Eglise, dans un agir caractérisé par une vraie participation.

Ce n’est pas là une exigence de style, mais de foi : la participation est une exigence de la foi baptismale. Comme l’affirme l’apôtre Paul : « C’est dans un unique Esprit, en effet, que (…) nous avons été baptisés pour former un seul corps » (1Co 12, 13). Voilà bien la seule origine dans le corps ecclésial : le Baptême. C’est de lui, notre source de vie, que découle l’égale dignité des enfants de Dieu, dans la diversité des ministères et des charismes. C’est pourquoi, tous sont appelés à participer à la vie de l’Eglise et à sa mission. S’il manque une réelle participation de tout le Peuple de Dieu, les discours sur la communion risquent de n’être que de pieuses intentions. Sur cet aspect, nous avons fait des progrès, mais il y a encore des difficultés, et il faut bien constater les désagréments et la souffrance de beaucoup de travailleurs pastoraux, d’organismes de participation des diocèses et des paroisses, de femmes qui sont encore souvent à la marge. Tous doivent participer : c’est un engagement ecclésial indispensable ! Tous les baptisés, la carte d’identité, c’est le Baptême.

Le Synode, alors qu’il nous offre une grande opportunité de conversion pastorale missionnaire et œcuménique, n’est pas exempt de certains risques. J’en cite trois. Le premier est celui du formalisme. Il est possible de réduire le Synode à un évènement extraordinaire, mais de façade, un peu comme si l’on restait à regarder la belle façade d’une église sans jamais y mettre les pieds. Le Synode est au contraire le parcours d’un effectif discernement spirituel, que nous n’entreprenons pas pour donner une belle image de nous-mêmes mais pour mieux collaborer à l’œuvre de Dieu dans l’histoire. Ainsi, lorsque l’on parle d’une Eglise synodale, nous ne pouvons pas nous contenter de la forme, mais nous avons aussi besoin de substance, d’instruments et de structures qui favorisent le dialogue et les interactions dans le Peuple de Dieu, particulièrement entre prêtres et laïcs. Pourquoi j’insiste là-dessus ? Car il y a parfois un certain élitisme dans l’ordre presbytéral qui le fait se détacher des laïcs ; et le prêtre devient finalement le “patron de la baraque” et non le pasteur de toute une Église qui va de l’avant.

Cela exige de transformer certaines visions verticales, déformées et partielles de l’Eglise, du ministère presbytéral, du rôle des laïcs, des responsabilités ecclésiales, des rôles de gouvernement, et ainsi de suite.

Un second risque est celui de l’intellectualisme – l’abstraction, la réalité va par-là et nous avec nos réflexion nous allons d’un autre côté : faire du Synode une sorte de groupe d’étude, avec des interventions cultivées mais abstraites sur les problèmes de l’Église et sur les maux du monde ; une sorte de “parler de soi”, où l’on procède de manière superficielle et mondaine, pour finir par retomber dans les classifications stériles idéologiques et partisanes habituelles, et se détacher de la réalité du Peuple saint de Dieu, de la vie concrète des communautés dispersées à travers le monde.

Enfin, il peut y avoir la tentation de l’immobilisme : puisqu’ « on a toujours fait ainsi » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 33), – cette parole est un venin dans la vie de l’Eglise, « on a toujours fait comme ça » –, il vaut mieux ne pas changer. Quiconque se meut dans cet horizon, sans même s’en rendre compte, tombe dans l’erreur de ne pas prendre au sérieux le temps dans lequel nous vivons. Le risque est de finir par adopter d’anciennes solutions pour de nouveaux problèmes : un morceau de tissu rugueux qui finit par créer une déchirure pire encore (cf. Mt 9, 16). C’est pourquoi il est important que le Chemin synodal soit vraiment ainsi : un processus en mouvement ; qu’il implique, en différentes phases et en partant du bas, les Églises locales dans un travail passionné et incarné ; qu’il imprime un style de communion et de participation marqué par la mission.

Vivons donc cette occasion de rencontre, d’écoute et de réflexion comme un temps de grâce qui, frères et sœurs, un temps de grâce qui, dans la joie de l’Evangile, nous permet de saisir au moins trois opportunités. La première est de s’orienter non pas occasionnellement mais structurellement vers une Église synodale : un lieu ouvert où chacun se sent chez lui et peut participer. Le Synode nous offre aussi l’opportunité de devenir Église de l’écoute : faire une pause dans nos rythmes, réfréner nos angoisses pastorales pour s’arrêter et écouter. Écouter l’Esprit dans l’adoration et la prière. Comme la prière d’adoration nous manque aujourd’hui ! Beaucoup ont perdu non seulement l’habitude, mais aussi la notion de ce que signifie adorer. Ecouter les frères et sœurs sur les espérances et les crises de la foi dans les différentes régions du monde, sur les besoins urgents de renouveler la vie pastorale, sur les signaux qui émergent des réalités locales. Enfin, nous avons la possibilité de devenir une Église de proximité. Revenons toujours au style de Dieu : le style de Dieu est proximité, compassion et tendresse. Dieu a toujours travaillé ainsi. Si nous n’arrivons pas à cette Église de proximité avec des attitudes de compassion et de tendresse, nous ne serons pas l’Église du Seigneur.

Et cela, non seulement en paroles, mais grâce à la présence, afin que s’établissent des liens plus étroits d’amitié avec la société et le monde : une Église qui ne se sépare pas de la vie mais qui prend en charge les fragilités et les pauvretés de notre temps, soignant les blessures et guérissant les cœurs brisés avec le baume de Dieu. N’oublions pas que le style de Dieu doit nous aider : proximité, compassion et tendresse.

Chers frères et sœurs, que ce Synode soit habité par l’Esprit ! Car nous avons besoin de l’Esprit, le souffle toujours nouveau de Dieu qui nous libère de toute fermeture, qui fait revivre ce qui est mort, qui brise les chaînes et répand la joie. Le Saint-Esprit est Celui qui nous guide là où Dieu veut, et non pas là où nos idées et nos goûts personnels nous conduiraient. Le Père Congar, de sainte mémoire, rappelait : « Il ne faut pas construire une autre Eglise, il faut construire une Eglise différente » (Vraie et fausse réforme dans l’Eglise, Milan, 1994, 1939). Et c’est là le défi. Pour une “Église différente”, ouverte à la nouveauté que Dieu veut lui suggérer, invoquons l’Esprit plus souvent et avec plus de force et écoutons-le humblement, en marchant ensemble, comme il le désire, lui le créateur de la communion et de la mission c’est-à-dire avec docilité et courage.

Viens, Esprit-Saint. Toi qui suscites de nouvelles langues et mets des paroles de vie sur nos lèvres, préserve-nous de devenir une Église-musée, belle mais silencieuse, avec un grand passé mais peu d’avenir. Viens parmi nous, pour que dans l’expérience synodale, nous ne nous laissions pas envahir par le désenchantement, que nous n’édulcorions pas la prophétie, que nous ne réduisions pas tout à des discussions stériles. Viens, Esprit Saint d’amour, ouvre nos cœurs à l’écoute. Viens, Esprit de sainteté, renouvelle le Peuple fidèle de Dieu. Viens, Esprit créateur, renouvelle la face de la terre.

Amen

CÉLÉBRATION DE L’EUCHARISTIE
POUR L’OUVERTURE DU SYNODE SUR LA SYNODALITÉ

Homélie du Pape François, Dimanche 10 octobre 2021

vatican Media

Un homme riche va à la rencontre de Jésus alors qu’il « se met en route » (Mc 10, 17). Souvent, les Evangiles nous montrent Jésus « sur la route », marchant aux côtés de l’homme, à l’écoute des questions qui habitent et agitent son cœur. Il nous révèle ainsi que Dieu n’habite pas les lieux aseptisés, les lieux tranquilles, loin du réel, mais qu’il chemine avec nous et nous rejoint là où nous sommes, sur les sentiers souvent ardus de la vie. En ouvrant aujourd’hui le parcours synodal, commençons par tous nous demander – Pape, évêques, prêtres, religieux et religieuses, frères et sœurs laïcs –: nous, communauté chrétienne, incarnons-nous le style de Dieu, qui chemine dans l’histoire et partage les défis de l’humanité ? Sommes-nous disposés à vivre l’aventure du cheminement ou, par peur de l’inconnu, nous réfugions-nous dans les excuses du « cela ne sert à rien » ou du « on a toujours fait ainsi » ?

« Faire Synode » signifie marcher sur la même route, marcher ensemble. Regardons Jésus sur le chemin, qui rencontre d’abord l’homme riche, puis écoute ses questions, et enfin l’aide à discerner ce qu’il faut faire pour avoir la Vie éternelle. Rencontrer, écouter, discerner : trois verbes du Synode sur lesquels je voudrais m’attarder.

Rencontrer. L’Evangile s’ouvre par le récit d’une rencontre. Un homme va à la rencontre de Jésus, s’agenouille devant lui, et pose une question décisive : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la Vie éternelle ? » (v. 17) Une demande aussi importante réclame de l’attention, du temps, de la disponibilité à rencontrer l’autre et à se laisser interpeller par son inquiétude. De fait, le Seigneur ne se met pas à distance, il ne se montre pas agacé ou dérangé ; au contraire, il s’arrête avec lui. Il est disponible à la rencontre. Rien ne le laisse indifférent, tout le passionne. Rencontrer les visages, croiser les regards, partager l’histoire de chacun : voilà la proximité de Jésus. Il sait qu’une rencontre peut changer une vie. Et l’Evangile est parsemé de ces rencontres avec le Christ qui relèvent et guérissent. Jésus n’était pas pressé, il ne regardait pas sa montre pour terminer la rencontre en avance. Il était toujours au service de la personne qu’il rencontrait, pour l’écouter.

En commençant ce parcours, nous sommes aussi appelés à devenir experts dans l’art de la rencontre. Non pas dans l’organisation d’évènements, ou dans la réflexion théorique sur des problèmes, mais avant tout dans le fait de prendre le temps de rencontrer le Seigneur, et de favoriser la rencontre entre nous. Un temps pour donner de la place à la prière, à l’adoration – cette prière que nous négligeons tant : adorer, faire place à l’adoration –, à ce que l’Esprit veut dire à l’Eglise ; un temps pour se tourner vers le visage et la parole de l’autre, pour la rencontre en tête à tête, pour se laisser toucher par les questionnements des sœurs et des frères, pour s’aider mutuellement afin de nous enrichir de la diversité des charismes, des vocations et des ministères. Chaque rencontre – nous le savons bien –, demande de l’ouverture, du courage, de la disponibilité à se laisser interpeller par le visage et l’histoire de l’autre. Même si nous préférons parfois nous abriter dans des relations formelles ou porter un masque de circonstance – l’esprit clérical ou de cour : je suis plus monsieur l’abbé que père –, la rencontre nous transforme et nous suggère souvent de nouveaux chemin que nous n’avions pas imaginés parcourir. Aujourd’hui, après l’Angélus, je vais recevoir un groupe de gens de la rue, qui se sont simplement rassemblés parce qu’il y a un groupe de personnes qui va les écouter, seulement pour les écouter. Et de l’écoute, ils ont réussi à se mettre à marcher. L’écoute. C’est souvent ainsi que Dieu nous indique la route à suivre, en nous faisant sortir de nos routines fatiguées. Tout change lorsque nous sommes capables de vraies rencontres avec lui et entre nous. Sans formalismes, sans prétextes, sans calcul.

Deuxième verbe : écouter. La vraie rencontre naît seulement de l’écoute. Jésus, en effet, se met à l’écoute de la question de cet homme et de son inquiétude religieuse et existentielle. Il ne donne pas une réponse “rituelle”, il n’offre pas une solution toute faite, il ne fait pas semblant de répondre poliment pour s’en débarrasser et continuer sa route. Il l’écoute simplement. Tant qu’il le faut, il l’écoute, sans hâte. Et – la chose la plus importante – Jésus n’a pas peur de l’écouter avec le cœur, et pas seulement avec les oreilles. D’ailleurs, il ne se contente pas de répondre à la question, mais il permet à l’homme riche de raconter son histoire personnelle, de parler de soi librement. Le Christ lui rappelle les commandements, et celui-ci commence à raconter son enfance, à évoquer son parcours religieux, la manière avec laquelle il s’est efforcé de chercher Dieu. Lorsque nous écoutons avec le cœur, c’est ce qui arrive : l’autre se sent accueilli, non pas jugé, libre de raconter son vécu et son parcours spirituel.

Interrogeons-nous, avec sincérité, dans cet itinéraire synodal : comment sommes-nous à l’écoute ? Quelle est la qualité d’écoute de notre cœur ? Permettons-nous aux personnes de s’exprimer, de cheminer dans la foi même si elles ont des parcours de vie difficiles, de contribuer à la vie de la communauté sans être empêchées, rejetées ou jugées ? Faire Synode, c’est emboîter le pas au Verbe fait homme, suivre ses traces en écoutant sa Parole avec les paroles des autres. C’est découvrir avec stupeur que l’Esprit Saint souffle toujours de façon surprenante, pour suggérer des parcours et des langages nouveaux. C’est un exercice lent, qui peut être laborieux, d’apprendre à s’écouter mutuellement – évêques, prêtres, religieux et laïcs, tous, tous les baptisés – en évitant les réponses artificielles et superficielles, les réponses prêt-à-porter, non. L’Esprit nous demande de nous mettre à l’écoute des demandes, des angoisses, des espérances de chaque Eglise, de chaque peuple et nation, mais aussi à l’écoute du monde, des défis et des changements qu’il nous présente. N’insonorisons pas notre cœur, ne nous blindons pas dans nos certitudes. Les certitudes nous ferment souvent. Ecoutons-nous.

Enfin, discerner. La rencontre et l’écoute réciproque ne sont pas une fin en soi, qui laisseraient les choses demeurer en l’état. Au contraire, lorsque l’on entre en dialogue, nous nous mettons en discussion, en chemin, de telle façon qu’à la fin, nous ne sommes plus les mêmes qu’auparavant, nous sommes changés. L’Evangile d’aujourd’hui nous le montre : Jésus devine que l’homme en face de lui est bon et religieux, qu’il pratique les commandements, mais il veut le conduire au-delà de la simple observance des préceptes. Dans le dialogue, il l’aide à discerner. Il lui propose de regarder au fond de lui-même, à la lumière de l’amour avec lequel lui, Jésus, fixant son regard sur lui, l’aime (cf. v. 21), et de discerner, à cette lumière, à quoi son cœur est réellement attaché. Il découvre ainsi que son bien ne consiste pas à ajouter d’autres actes religieux mais, au contraire, à se vider de lui-même : vendre ce qui occupe son cœur pour laisser de l’espace à Dieu.

C’est une précieuse indication aussi pour nous. Le Synode est un chemin de discernement spirituel, de discernement ecclésial, qui se fait dans l’adoration, dans la prière, au contact de la Parole de Dieu. La deuxième lecture d’aujourd’hui nous dit précisément que la Parole de Dieu est « vivante, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12). La Parole nous ouvre au discernement et l’éclaire. Qu’elle oriente le Synode, pour qu’il ne soit pas une “convention” ecclésiale, un colloque d’études ou un congrès politique, pour qu’il ne soit pas un parlement, mais un évènement de grâce, un processus de guérison conduit par l’Esprit. En ces jours, Jésus nous appelle, comme il l’a fait avec l’homme riche de l’Evangile, à nous vider, à nous libérer de ce qui est mondain, et aussi de nos fermetures et de nos modèles pastoraux répétitifs. Il nous appelle à nous interroger sur ce que Dieu veut nous dire en ce temps, et dans quelle direction il souhaite nous conduire.

Chers frères et sœurs, je vous souhaite un bon chemin ensemble ! Puissions-nous être des pèlerins amoureux de l’Evangile, ouverts aux surprises de l’Esprit Saint. Ne perdons pas les occasions de grâce de la rencontre, de l’écoute réciproque, du discernement. Avec la joie de savoir qu’alors que nous cherchons le Seigneur, c’est bien lui, le premier, qui se porte avec amour à notre rencontre.

Mgr James, archevêque de Bordeaux :

 

“Le 17 octobre prochain, unis aux diocèses du monde, nous ouvrons une démarche voulue par le pape François. Celui-ci convoque un synode des évêques, en 2023 à Rome. Il veut que l’Église entière en soit partie prenante. Le thème de ce synode ? La synodalité !

« Le chemin de la synodalité est celui que Dieu attend de l’Église au troisième millénaire », nous écrit le Pape François. Synode, synodal, synodalité, des mots barbares ? Du jargon ? Dans le diocèse de Bordeaux, ces mots sont connus ! Ils font référence à une expérience, celle de notre synode diocésain « disciples-missionnaires » !

Le synode est souvent pour nous, un groupe de personnes réunies sur un thème, autour du Pape à Rome ou autour de l’évêque dans un diocèse. C’est une photo, c’est fixe ! Or, l’Église synodale, ça bouge ! C’est dynamique ! C’est l’Église qui fait route, qui avance. Ce sont des chrétiens en mouvement. Ils font route vers le Seigneur. Le Seigneur les guide. Il est leur chemin.

Que nous dit d’abord un synode ?

Un chrétien ne s’installe pas ! Une Église ne s’installe pas ! Notre conversion personnelle n’est pas achevée ! Notre relation au Seigneur est appelée à se renforcer ! En entendant le mot synode, pendant ce mois d’octobre, chacun de nous pourra s’interroger : quel nouveau pas, je suis prêt à faire dans la foi, dans la relation au Seigneur ? Nous sommes tous des pèlerins en route !
C’est un appel à marcher ensemble ! La récente épidémie nous a rappelé notre appartenance à une « communauté mondiale qui navigue dans le même bateau, où le mal de l’un porte préjudice à l’autre. Nous nous sommes rappelés que personne ne se sauve tout seul, qu’il n’est possible que de se sauver ensemble ». Cette démarche vient aussi à un moment où se révèle l’ampleur du drame des abus sexuels dans l’Église en France, et la douleur des personnes victimes dont nous n’avons pas assez entendu le cri. Dans ces moments difficiles, l’ouverture de la démarche synodale est une occasion de renouveler notre foi et notre espérance en Celui qui ne nous abandonne pas : nous nous appuyons ensemble sur la présence du Seigneur ressuscité et l’action vivifiante de l’Esprit de Dieu qui anime notre Église.

Nous célébrons et vivons ensemble notre foi au milieu des épreuves.

Le 17 octobre, dans les paroisses du diocèse, nous commencerons cette démarche synodale, à l’occasion des célébrations dominicales. A chaque paroisse d’être inventive pour marquer le début de la démarche ! Certaines paroisses organiseront une marche ; d’autres trouveront gestes et prières qui disent le désir d’être davantage une Église synodale, c’est-à-dire une Église de l’écoute du Seigneur et des frères en humanité, une Église où « chacun a quelque chose à apprendre »[3] des autres. De mon côté, je vivrai l’ouverture de la démarche synodale, à l’église de la Trinité du Grand Parc, à l’occasion de la messe des peuples, au milieu de communautés riches d’une autre culture et d’autres expériences ecclésiales que les nôtres.

Une Église synodale, c’est tout le Peuple de Dieu qui fait route ensemble !

À ce sujet, l’expérience du synode de Bordeaux nous est précieuse. Notre démarche de cette année est dans le droit fil de ce que nous avons vécu, il y a 5 ans ! Rappelons-nous, les équipes synodales nombreuses ! Ces équipes avaient travaillé sur le thème des « disciples-missionnaires ». Des fruits ont été donnés à ce synode : ce sont, par exemple, les fraternités chrétiennes ! Ce sont les visitations entre secteurs pastoraux ! Ce sont des groupes de catéchèse d’adultes ! Ce sont des diaconies de secteurs qui naissent ! Nous poursuivons notre démarche, cette année, en nous appropriant dix thèmes. Des groupes, des assemblées dans nos paroisses, mouvements ou services vont échanger sur l’un ou l’autre de ces thèmes. L’objet des échanges, c’est notre passion commune pour l’Évangile du Christ, c’est le désir de nous mettre ensemble, à l’écoute de l’Esprit-Saint pour qu’Il inspire son Église, de nous mettre à l’écoute les uns des autres. À ce sujet, nous serons attentifs à la place des personnes plus fragiles ou des plus jeunes, en n’oubliant pas ce que disait Saint Benoit à ses moines : « Souvent le Seigneur révèle la meilleure décision à un plus jeune », c’est-à-dire à celles ou ceux qui n’occupent pas des places importantes dans la communauté.
Le partage de ces échanges en paroisse, servira d’abord la paroisse ! Ils pourront être utiles à l’équipe d’animation pastorale pour la rédaction d’un projet paroissial quand il n’existe pas ; ils donneront des idées d’initiatives locales. Mais, les contributions des différentes paroisses seront aussi synthétisées par une équipe diocésaine, conduite par le Père Dagron et transmises à la Conférence Épiscopale.
Cette démarche qui nous est proposée au cours du 4ème trimestre est une chance pour notre diocèse, est une occasion pour chacun de s’interroger : quelle part je prends comme chrétien dans la mission de l’Église ? Ce n’est que « la piqure de rappel » de notre synode diocésain : celui-ci n’est pas évènement du passé ! Au contraire, il se poursuit, grâce à l’initiative de notre Pape François. Nous sommes membres d’une Église qui, sans cesse, crée du neuf, car l’Évangile est toujours nouveau, Dieu est toujours nouveau. C’est une Église où nous refusons le slogan qui nous installe : « on a toujours fait comme ça », une Église composée non pas d’individus côte à côte, mais de frères, de sœurs, d’amis dans le Seigneur. Une Église synodale !
+Jean-Paul James

Mgr Giraud, évêque de Sens-Auxerre :

Le 9 octobre 2021, le pape François appellera toute l’Église catholique à se renouveler sous l’action de l’Esprit en ouvrant un nouveau Synode romain qui durera deux ans pour s’achever par sa célébration liturgique en octobre 2023. Ce synode apparaît nouveau non seulement par son thème “Pour une Église synodale : communion, participation et mission”, mais aussi et surtout par sa forme. Ce ne sera pas seulement un synode d’évêques mais une démarche de tout le Peuple de Dieu : “Ce qui concerne tout le monde doit être discuté – approuvé – par tout le monde”. Il ne s’agit donc plus d’écouter uniquement des évêques ou des experts, mais l’ensemble des fidèles et même au-delà.
Comme dans chaque diocèse, nous entrerons en synode le dimanche 17 octobre 2021, en ayant simplement à cœur, dans l’ordinaire de nos eucharisties paroissiales, de recevoir pleinement cette démarche de synodalité comme un appel que Dieu nous lance. Souvenons-nous que, dans le livre de la Genèse, Dieu est décrit comme Celui qui guide et accompagne les premiers pas de l’humanité vers sa terre promise : “Le Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et le garde”. (Gn 2,15)
L’histoire du salut nous montre que le Christ est le Chemin… en accomplissant son chemin de croix.

Mais qu’est-ce qu’un synode ?

À la suite du concile Vatican II, saint Paul VI avait souhaité garder cette dynamique conciliaire, en instituant le synode pour “apporter ses avis et sa collaboration quand il sera jugé utile au bien-être de l’Église” et pour que l’Église demeure en conversation avec tous, en dialogue de salut pour tous. Un synode est donc un chemin, où la “marche arrière” n’est pas possible. Il est une marche avec tous, croyants ou non, une marche en frères et sœurs universels. Tout pèlerin sait que le chemin se découvre en marchant, avec son paysage, les gens rencontrés et les événements aussi. Mais le synode est surtout une écoute renouvelée de l’Esprit Saint pour franchir des seuils ensemble. Sur cette route, chacun devra respecter les dons des autres et renvoyer parfois vers leurs compétences. J’avais ainsi entendu un séminariste remarquer très justement que “la vie de l’Église dépend moins de la place qu’on occupe que de celle qu’on fait aux autres”. L’enjeu est de découvrir ce que Dieu attend de l’Église. Le pape demande même que nous rêvions. Réécoutons ses premiers mots dans La Joie de l’Évangile :
“Il faut abandonner le confortable critère pastoral du “on a toujours fait ainsi”… J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés. […] L’important est de ne pas marcher seul, mais de toujours compter sur les (autres) dans un sage et réaliste discernement pastoral” (EG 33).
Marie Noël l’écrivait elle aussi : “Qui veut aller à Dieu ? Tous les chemins sont bons. Certains ont la religion des pas et des yeux. […] Il a fait des chemins pour tous, pour les pieds. […] Il a fait des chemins pour toutes les heures”.

Ce synode sera surtout l’occasion de nous demander à chaque instant décisif : “Avec qui dois-je décider ? Qui associer à tel débat ou tel projet ?”

Face à l’individualisme ambiant, y compris en nous, et face à la fragmentation sociétale et ecclésiale, le pape veut donner une nouvelle impulsion pour que l’Église soit signe de ce qui unit le genre humain. Ce signe ne peut advenir que par l’écoute, en commençant par les plus petits : “Saint Benoît souligne que “souvent le Seigneur révèle la meilleure décision” à ceux qui n’occupent pas de positions importantes dans la communauté…” (Document préparatoire n° 14). Il nous faudra favoriser la participation du plus grand nombre sans nous enfermer dans le parlementarisme. Apporter un témoignage prophétique de ce que Dieu attend de nous n’est pas une question de nombre. Ensemble, nous apprendrons en marchant et surtout en servant. La méthode contient, en elle-même, le résultat souhaité

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