L’écologie intégrale, chemin d’une conversion pastorale, par Mgr Luc Ravel

Lors de la journée « tous réseaux » du SNEJV le 26 mars 2020, Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg et membre du conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes (CPEJ) est intervenu sur le thème « L’écologie intégrale, chemin d’une conversion pastorale ». Retrouvez ci-dessous le texte de son intervention ainsi que le podcast à réécouter.

 

Quel lien entre la conversion pastorale et l’écologie intégrale ?

Mgr Luv RavelMon cahier des charges : « Nous demander comment la conversion écologique peut habiter notre conversion pastorale et comment l’écologie – intégrale – peut aujourd’hui, très concrètement, nourrir nos efforts missionnaires et y prendre chair. »

Comment conjuguer l’urgence de la nouvelle évangélisation (décrétée en 1979 !), qui ne se fera pas sans une conversion pastorale et l’urgence de la conversion écologique sans laquelle nous ne sauverons pas notre planète ?

Il n’est pas certain que nos paroissiens de « base » voient cette relation… même nos jeunes souvent militants catho-écolos ? Revenons à nos expériences avec eux…

 

1) La conversion pastorale chez Pape François

Se pose avant tout les questions de la conversion : qu’est-ce ? Pourquoi ? Comment ? Le mot comme l’idée ne vont pas de soi surtout pour des personnes habituées à croire… « Je suis converti mais je veux bien m’améliorer car personne n’est parfait mais je ne vois pas pourquoi je me convertirai… »

 A. Qu’est-ce qu’une conversion ?

Discours à la curie romaine du 21 décembre 2020 : « Ce temps que nous vivons n’est pas seulement une époque de changements, mais un véritable changement d’époque. Nous sommes donc dans l’un de ces moments où les changements ne sont plus linéaires, mais d’époque ; ils constituent des choix qui transforment rapidement notre mode de vivre, de tisser des relations, de communiquer et de penser, de se comporter entre générations humaines et de comprendre et vivre la foi et la science. Il arrive souvent de vivre le changement en se limitant à revêtir un vêtement nouveau et à rester, en fait, comme on était avant. Je me rappelle l’expression énigmatique qu’on lit dans un célèbre roman italien : « Si nous voulons que tout reste tel quel, il faut que tout change » (Il Gattopardo de Giuseppe Tomasi di Lampedusa). Le comportement sain est plutôt celui de se laisser interroger par les défis du temps présent et de les saisir grâce aux vertus de discernement, de parrhésie et d’hypomoné. Le changement, dans ce cas, assumerait un tout autre aspect : d’élément de contour, de contexte ou de prétexte, de paysage extérieur…, il deviendrait toujours plus humain et aussi plus chrétien. Il serait toujours un changement extérieur, mais accompli à partir du centre même de l’homme, c’est-à-dire une conversion anthropologique.

La conversion n’est donc pas une progression, une amélioration, une évolution mais un changement très profond, vital et brutal, durable et fécond. Et elle apparaît indispensable pour être à la hauteur d’un changement d’époque.

B. Dans La joie de l’Évangile, la conversion pastorale est tout entière missionnaire

  1. J’espère que toutes les communautés feront en sorte de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour avancer sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont. Ce n’est pas d’une « simple administration » dont nous avons besoin. Constituons-nous dans toutes les régions de la terre en un « état permanent de mission ».
  1. J’imagine un choix missionnaire capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale devienne un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation. La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié. Comme le disait Jean-Paul II aux évêques de l’Océanie, « tout renouvellement dans l’Église doit avoir pour but la mission, afin de ne pas tomber dans le risque d’une Église centrée sur elle-même ».

C. Le chemin de la conversion : trois défis et trois vertus

Oui mais… comment se convertir ? Le pape François nous donne deux précieuses recommandations que nous pourrions voir comme des préparations ou des signes de la conversion :

« Le comportement sain est plutôt celui de se laisser interroger par les défis du temps présent et de les saisir grâce aux vertus de discernement, de parrhésie et d’hypomoné. » (Discours du 21 décembre 2019)

Remarquons qu’il n’y a pas un mais trois défis qui nous interrogent et qui sont imbriqués les uns dans les autres : écologique (celui qui nous occupe) ; démographique (10 milliards d’hommes en 2050) ; technologique (le transhumanisme : l’IA ; Robocop ou l’homme augmenté. Cette révolution est prônée, théorisée et élevée au rang de religion)

Les trois vertus qui les saisissent et qui révèlent la véritable conversion : le discernement (pas d’outils immédiats, de trucs mais des décisions à prendre sans évidences), l’enthousiasme pour Dieu (sans passion, les décision sont trop volatiles), l’endurance (le courage de celui qui tient bon sous l’orage) Il ne suffit pas d’être interrogé par un défi, être lucide sur sa violence et sur la nécessité de faire autrement. Il faut être interpellé : on ne se convertit pas tant qu’un appel personnel n’a pas retentit en nous à relever ce défi. C’est l’importance des vertus de répondre à cet appel. Sans elles, ces défis passent en nous comme un songe…

Remarque à partir d’une question :

Sans conversion nos discernements ne vont pas jusqu’à des décisions ; et s’il y a décision, nos engagements ne tiennent pas ; et s’ils tiennent, ils ne sont pas contagieux.

Rappel : mille convictions (intellectuelles) ne font pas une conversion (de l’esprit, du cœur et du corps). Les premières nous font changer d’idées, la seconde nous pousse à changer de vie.

 

2) L’écologie intégrale : l’annonce de l’Évangile à toute la Création

 

A. Marc 16, 14 à 15

« Enfin, Jésus se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité. Puis il leur dit : « Allez dans le monde entier (eis ton Kosmon apanta). Proclamez l’Évangile à toute la création (tè ktisei). »

B. Ecologie intégrale, une expression qu’emploie le pape François mais qu’il n’a pas inventé

Michael E. Zimmermann et Sean Esbjörn-Hargens introduisent le concept d’écologie intégrale à la fin des années 1990. C’est l’écrivain Falk van Gaver (2007 dans un article de L’Homme nouveau, « Pour une écologie intégrale ») qui, certainement le premier, usa de l’expression. Gaultier Bès l’a ensuite repris dans son livre « Nos limites pour une écologie intégrale » (2014).

C. Les débats autour de cette expression et le sens donné par l’Église

Nous n’entrerons pas dans les débats que l’expression suscite parmi les militants écologistes qui y voient souvent une dérive d’intégrisme moral catholique, un moyen de reprendre la lutte contre l’avortement etc. Quel est le sens que lui donne le pape François ?

Dans Laudato’si, le quatrième chapitre s’intitule : une écologie intégrale

  1. Étant donné que tout est intimement lié, (…) je propose à présent que nous nous arrêtions pour penser aux diverses composantes d’une écologie intégrale, qui a clairement des dimensions humaines et sociales.
  1. Quand on parle d’“environnement”, on désigne en particulier une relation, celle qui existe entre la nature et la société qui l’habite. Cela nous empêche de concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie. Nous sommes inclus en elle, nous en sommes une partie, et nous sommes enchevêtrés avec elle. (…) Il est fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux. Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale.

Un virus, minuscule ennemi venu de Chine (et des animaux), jette à terre l’humanité tout entière : le lien vivant est rompu entre le monde et l’homme qu’une civilisation urbaine ne donne plus immédiatement (Ce mot d’humour : « Bientôt nous devrons aller chasser pour manger et je ne sais même pas où vivent les lasagnes ! ») Il y aurait aussi à se demander si toutes les dimensions de la crise sont effectivement soulevées et thématisées par Laudato’si. Par exemple une écologie du temps (le temps maltraité, pollué) ; une écologie des esprits peuplant la Nature (contre une vision occidentale et matérialiste de la Nature)

3) La conversion humaine


Notre humanité est interpellée pour une conversion sans que notre foi, ses dogmes et ses pratiques soient engagés. Cette conversion humaine n’échappe pas à notre pastorale : le chrétien est d’abord un homme qui partage la même humanité avec tous ses frères. On remarquera qu’aucune religion n’a réussi jusqu’à présent à s’opposer vraiment à l’atteinte de la Création ; des hommes de bonne volonté ont montré la voie aux religions… cela devrait nous faire réfléchir…

Le corps

  1. L’écologie humaine implique aussi quelque chose de très profond : la relation de la vie de l’être humain avec la loi morale inscrite dans sa propre nature, relation nécessaire pour pouvoir créer un environnement plus digne. Benoît XVI affirmait qu’il existe une “écologie de l’homme” parce que « l’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté ». Dans ce sens, il faut reconnaître que notre propre corps nous met en relation directe avec l’environnement et avec les autres êtres vivants. L’acceptation de son propre corps comme don de Dieu est nécessaire pour accueillir et pour accepter le monde tout entier comme don du Père et maison commune ; tandis qu’une logique de domination sur son propre corps devient une logique, parfois subtile, de domination sur la création. Apprendre à recevoir son propre corps, à en prendre soin et à en respecter les significations, est essentiel pour une vraie écologie humaine. La valorisation de son propre corps dans sa féminité ou dans sa masculinité est aussi nécessaire pour pouvoir se reconnaître soi-même dans la rencontre avec celui qui est différent. De cette manière, il est possible d’accepter joyeusement le don spécifique de l’autre, homme ou femme, œuvre du Dieu créateur, et de s’enrichir réciproquement. Par conséquent, l’attitude qui prétend « effacer la différence sexuelle parce qu’elle ne sait plus s’y confronter », n’est pas saine.

Le refus de l’inertie et l’habitude

  1. Beaucoup de choses doivent être réorientées, mais avant tout l’humanité a besoin de changer. La conscience d’une origine commune, d’une appartenance mutuelle et d’un avenir partagé par tous, est nécessaire. Cette conscience fondamentale permettrait le développement de nouvelles convictions, attitudes et formes de vie. Ainsi un grand défi culturel, spirituel et éducatif, qui supposera de longs processus de régénération, est mis en évidence.

Dépasser l’égoïsme collectif

  1. La situation actuelle du monde « engendre un sentiment de précarité et d’insécurité qui, à son tour, nourrit des formes d’égoïsme collectif ». Quand les personnes deviennent autoréférentielles et s’isolent dans leur propre conscience, elles accroissent leur voracité. En effet, plus le cœur de la personne est vide, plus elle a besoin d’objets à acheter, à posséder et à consommer.

L’éducation à l’austérité

  1. J’espère aussi que dans nos séminaires et maisons religieuses de formation, on éduque à une austérité responsable, à la contemplation reconnaissante du monde, à la protection de la fragilité des pauvres et de l’environnement.

L’éducation au beau

Dans ce contexte, « il ne faut pas négliger la relation qui existe entre une formation esthétique appropriée et la préservation de l’environnement ». Prêter attention à la beauté, et l’aimer, nous aide à sortir du pragmatisme utilitariste. Quand quelqu’un n’apprend pas à s’arrêter pour observer et pour évaluer ce qui est beau, il n’est pas étonnant que tout devienne pour lui objet d’usage et d’abus sans scrupule.

4) La conversion chrétienne

La spiritualité écologique

  1. La grande richesse de la spiritualité chrétienne, générée par vingt siècles d’expériences personnelles et communautaires, offre une belle contribution à la tentative de renouveler l’humanité. Je veux proposer aux chrétiens quelques lignes d’une spiritualité écologique qui trouvent leur origine dans des convictions de notre foi, car ce que nous enseigne l’Évangile a des conséquences sur notre façon de penser, de sentir et de vivre. Il ne s’agit pas de parler tant d’idées, mais surtout de motivations qui naissent de la spiritualité pour alimenter la passion de la préservation du monde.
  1. S’il est vrai que « les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands », la crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure. (…) Ils ont donc besoin d’une conversion écologique, qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure. (…)
  1. Diverses convictions de notre foi développées au début de cette Encyclique, aident à enrichir le sens de cette conversion, comme la conscience que chaque créature reflète quelque chose de Dieu et a un message à nous enseigner ; ou encore l’assurance que le Christ a assumé en lui-même ce monde matériel et qu’à présent, ressuscité, il habite au fond de chaque être, en l’entourant de son affection comme en le pénétrant de sa lumière ; et aussi la conviction que Dieu a créé le monde en y inscrivant un ordre et un dynamisme que l’être humain n’a pas le droit d’ignorer.
  1. La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie, et encourage un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation.
  1. Nous parlons d’une attitude du cœur, qui vit tout avec une attention sereine, qui sait être pleinement présent à quelqu’un sans penser à ce qui vient après, qui se livre à tout moment comme un don divin qui doit être pleinement vécu. Jésus nous enseignait cette attitude quand il nous invitait à regarder les lys des champs et les oiseaux du ciel, ou quand en présence d’un homme inquiet « il fixa sur lui son regard et l’aima » (Mc 10, 21). Il était pleinement présent à chaque être humain et à chaque créature, et il nous a ainsi montré un chemin pour surmonter l’anxiété maladive qui nous rend superficiels, agressifs et consommateurs effrénés.

La mystique chrétienne et ses deux faces :

  1. L’univers se déploie en Dieu, qui le remplit tout entier. Il y a donc une mystique dans une feuille, dans un chemin, dans la rosée, dans le visage du pauvre. L’idéal n’est pas seulement de passer de l’extérieur à l’intérieur pour découvrir l’action de Dieu dans l’âme, mais aussi d’arriver à le trouver en toute chose, comme l’enseignait saint Bonaventure : « La contemplation est d’autant plus éminente que l’homme sent en lui-même l’effet de la grâce divine et qu’il sait trouver Dieu dans les créatures extérieures ».[160]
  1. Saint Jean de la Croix enseignait que ce qu’il y a de bon dans les choses et dans les expériences du monde « se rencontre[nt] en Dieu éminemment et à l’infini, ou pour mieux dire, chacune de ces excellences est Dieu même, comme toutes ces excellences réunies sont Dieu même ». Non parce que les choses limitées du monde seraient réellement divines, mais parce que le mystique fait l’expérience de la connexion intime qui existe entre Dieu et tous les êtres, et ainsi « il sent que Dieu est toutes les choses ». S’il admire la grandeur d’une montagne, il ne peut pas la séparer de Dieu, et il perçoit que cette admiration intérieure qu’il vit doit reposer dans le Seigneur : « Les montagnes sont élevées ; elles sont fertiles, spacieuses, belles, gracieuses, fleuries et embaumées. Mon Bien-Aimé est pour moi ces montagnes. Les vallons solitaires sont paisibles, agréables, frais et ombragés. L’eau pure y coule en abondance. Ils charment et recréent les sens par leur végétation variée et par les chants mélodieux des oiseaux qui les habitent. Ils procurent la fraîcheur et le repos par la solitude et le silence qui y règnent. Mon Bien-Aimé est pour moi ces valons ».[163]

Le vécu de nos sacrements :

  1. Les Sacrements sont un mode privilégié de la manière dont la nature est assumée par Dieu et devient médiation de la vie surnaturelle. À travers le culte, nous sommes invités à embrasser le monde à un niveau différent. L’eau, l’huile, le feu et les couleurs sont assumés avec toute leur force symbolique et s’incorporent à la louange. La main qui bénit est instrument de l’amour de Dieu et reflet de la proximité de Jésus-Christ qui est venu nous accompagner sur le chemin de la vie. L’eau qui se répand sur le corps de l’enfant baptisé est signe de vie nouvelle. Nous ne nous évadons pas du monde, et nous ne nions pas la nature quand nous voulons rencontrer Dieu. (…) « Le christianisme ne refuse pas la matière, la corporéité, qui est au contraire pleinement valorisée dans l’acte liturgique, dans lequel le corps humain montre sa nature intime de temple de l’Esprit et parvient à s’unir au Seigneur Jésus, lui aussi fait corps pour le salut du monde ». (Jean-Paul II Orientale lumen, 11)
  1. Dans l’Eucharistie, la création trouve sa plus grande élévation. La grâce, qui tend à se manifester d’une manière sensible, atteint une expression extraordinaire quand Dieu fait homme, se fait nourriture pour sa créature. Le Seigneur, au sommet du mystère de l’Incarnation, a voulu rejoindre notre intimité à travers un fragment de matière. Non d’en haut, mais de l’intérieur, pour que nous puissions le rencontrer dans notre propre monde. Dans l’Eucharistie la plénitude est déjà réalisée ; c’est le centre vital de l’univers, le foyer débordant d’amour et de vie inépuisables. Uni au Fils incarné, présent dans l’Eucharistie, tout le cosmos rend grâce à Dieu. En effet, l’Eucharistie est en soi un acte d’amour cosmique : « Oui, cosmique ! Car, même lorsqu’elle est célébrée sur un petit autel d’une église de campagne, l’Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l’autel du monde ». (Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, 8) (…) l’Eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création.

Cf. Messe sur le monde de Pierre Teilhard de Chardin, Ordos 1923 (Extraits)

Puisqu’une fois encore, Seigneur, dans les steppes d’Asie, je n’ai ni pain, ni vin, ni autel, je m’élèverai par-dessus les symboles jusqu’à la pure majesté du Réel, et je vous offrirai, moi votre prêtre, sur l’autel de la Terre entière, le travail et la peine du Monde.

Le soleil vient d’illuminer, là-bas, la frange extrême du premier Orient. Une fois de plus, sous la nappe mouvante de ses feux, la surface vivante de la Terre s’éveille, frémit, et recommence son effrayant labeur. Je placerai sur ma patène, ô mon Dieu, la moisson attendue de ce nouvel effort. Je verserai dans mon calice la sève de tous les fruits qui seront aujourd’hui broyés.

Mon calice et ma patène, ce sont les profondeurs d’une âme largement ouverte à toutes les forces qui, dans un instant, vont s’élever de tous les points du globe et converger vers l’Esprit. Qu’ils viennent donc à moi, le souvenir et la mystique présence de ceux que la lumière éveille pour une nouvelle journée

Un à un, Seigneur, je les vois et les aime. […] Je les évoque, ceux dont la troupe anonyme forme la masse innombrable des vivants ; ceux qui viennent et ceux qui s’en vont ; ceux-là surtout qui, dans la vérité ou à travers l’erreur, à leur bureau, à leur laboratoire ou à l’usine, croient au progrès des Choses, et poursuivront passionnément aujourd’hui la lumière.

(…) Recevez, Seigneur, cette Hostie totale que la Création, mue par votre attrait, vous présente à l’aube nouvelle. Ce pain, notre effort, il n’est de lui-même, je le sais, qu’une désagrégation immense. Ce vin, notre douleur, il n’est encore, hélas ! qu’un dissolvant breuvage. Mais au fond de cette masse informe, vous avez mis un irrésistible et sanctifiant désir qui nous fait tous crier, depuis l’impie jusqu’au fidèle : “Seigneur, faites-nous un”. (…)

À votre Corps dans toute son extension, c’est-à-dire au Monde devenu, par votre puissance et par ma foi, le creuset magnifique et vivant où tout disparaît pour renaître, – par toutes les ressources qu’a fait jaillir en moi votre attraction créatrice, par ma trop faible science par mes liens religieux, par mon sacerdoce, et (ce à quoi je tiens le plus) par le fond de ma conviction humaine, – je me voue pour en vivre et pour en mourir, Jésus.

 

  1. Le dimanche, la participation à l’Eucharistie a une importance spéciale. Ce jour, comme le sabbat juif, est offert comme le jour de la purification des relations de l’être humain avec Dieu, avec lui-même, avec les autres et avec le mond Le dimanche est le jour de la résurrection, le “premier jour” de la nouvelle création, dont les prémices sont l’humanité ressuscitée du Seigneur, gage de la transfiguration finale de toute la réalité créée. En outre, ce jour annonce « le repos éternel de l’homme en Dieu ». De cette façon, la spiritualité chrétienne intègre la valeur du loisir et de la fête. L’être humain tend à réduire le repos contemplatif au domaine de l’improductif ou de l’inutile, en oubliant qu’ainsi il retire à l’œuvre qu’il réalise le plus important : son sens. Nous sommes appelés à inclure dans notre agir une dimension réceptive et gratuite, qui est différente d’une simple inactivité. Il s’agit d’une autre manière d’agir qui fait partie de notre essence. Ainsi, l’action humaine est préservée non seulement de l’activisme vide, mais aussi de la passion vorace et de l’isolement de la conscience qui amène à poursuivre uniquement le bénéfice personnel. La loi du repos hebdomadaire imposait de chômer le septième jour « afin que se reposent ton bœuf et ton âne et que reprennent souffle le fils de ta servante ainsi que l’étranger » (Ex 23, 12). En effet, le repos est un élargissement du regard qui permet de reconnaître à nouveau les droits des autres. Ainsi, le jour du repos, dont l’Eucharistie est le centre, répand sa lumière sur la semaine tout entière et il nous pousse à intérioriser la protection de la nature et des pauvres.

Conclusion

La conversion écologique ne devrait-elle pas nourrir avant tout une conversion dans notre façon de vivre le dimanche ?

Podcast de l'intervention de Mgr Ravel

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